Introduction
Rester seul, rejoindre une enseigne ou vendre : c’est la question que se pose aujourd’hui une grande partie des propriétaires de campings indépendants.
Le marché se structure. Selon l’INSEE, la France métropolitaine comptait en moyenne 5 074 campings classés et 1 604 non classés sur la saison 2025. La grande majorité reste indépendante, mais les groupes, les franchises et les chaînes volontaires gagnent du terrain chaque année.
Franchise, affiliation, groupement, label : les termes se mélangent et les modèles n’engagent pas de la même façon. Ce guide fait le point sur les principaux réseaux accessibles à un indépendant, ce qu’ils apportent, ce qu’ils coûtent, et ce qu’ils changent le jour où vous envisagez de céder votre camping.

Chaîne, franchise, groupement, label : quelles différences ?
Tous les « réseaux » ne se valent pas : certains vous laissent propriétaire et décideur, d’autres ne sont tout simplement pas accessibles à un indépendant.
Les chaînes intégrées. Le groupe possède ou exploite lui-même ses campings. On ne les « rejoint » pas : on leur vend. Franchise Magazine cite par exemple CapFun, Homair Vacances (lié à European Camping Group), Campéole, Siblu ou Sandaya.
Leur cible première reste les grands sites, même si certains, comme CapFun, s’intéressent à des campings de taille intermédiaire.
La franchise et l’affiliation. Vous restez propriétaire et exploitant. Vous adoptez une marque, un cahier des charges et des outils communs, en échange d’un droit d’entrée et de redevances. Ce sont des sociétés commerciales relativement récentes.
Le groupement ou la chaîne volontaire. Des indépendants s’associent autour d’une charte et mutualisent leur commercialisation. L’engagement est généralement plus souple qu’en franchise. Les groupements sont plus anciens et fonctionnent dans un esprit plus associatif.
Le label. Il certifie une qualité ou une démarche environnementale. Il rassure le client mais n’apporte ni marque commerciale ni distribution.
| Modèle | Vous restez propriétaire ? | Marque commune | Engagement | Exemples |
|---|---|---|---|---|
| Chaîne intégrée | Non (vente au groupe) | Oui | Cession | CapFun, Sandaya, Siblu |
| Franchise / affiliation | Oui | Oui | Contrat de 3 à 6 ans, redevances | Flower, Yelloh! Village, maeva |
| Groupement / chaîne volontaire | Oui | Oui, souvent à côté de votre nom | Adhésion, cotisation | Les Castels, Sunêlia, Sites & Paysages |
| Label | Oui | Non | Audit, renouvellement | Camping Qualité, Clef Verte |
Les franchises et affiliations : rester propriétaire sous une marque
Trois acteurs dominent la franchise de camping en France : Flower Campings, Yelloh! Village et maeva, qui a récemment repris Camping Paradis et Ushuaïa Villages. En fin de compte, ce sont les seules marques que l’indépendant peut intégrer volontairement.
Côté coûts, les droits d’entrée varient d’un réseau à l’autre. Le coût annuel, en revanche, est sensiblement le même pour toutes les franchises : en moyenne 6 % du chiffre d’affaires hébergement HT, avec de légères variations selon la taille du camping. C’est ce que constatent les franchisés sur le terrain.
Flower Campings : le réseau à taille humaine
Flower revendique le titre de premier réseau de campings franchisés en France. Début 2025, il comptait 134 campings : 23 exploités en propre et 111 franchisés. L’enseigne appartient au groupe Odalys depuis 2022.
Son positionnement : des campings familiaux, proches de la nature, qui gardent leur identité. Le réseau prévoit d’intégrer 10 à 15 campings par an d’ici 2028.
Yelloh! Village : le haut de gamme sélectif
Créé en 2000 par quatre propriétaires de campings, Yelloh! Village fédère 104 campings, dont 96 en France et 8 en Espagne et au Portugal. Le réseau ne fonctionne qu’en franchise.
L’entrée est exigeante. La sélection repose sur plus de 500 critères. Sur une vingtaine de candidatures par an, seuls 5 à 10 campings sont retenus, selon son directeur dans L’Officiel de la Franchise. Le contrat dure 6 ans, puis se renouvelle par périodes de 3 ans.
C’est un vrai gage de qualité, porté par l’intégration des plus beaux campings de France. Le résultat commercial est au rendez-vous, mais la sélectivité est importante en termes de situation et surtout de qualité des infrastructures. Il y a quelques années, la chaîne a expérimenté un développement légèrement inférieur en gamme ; je ne sais pas si l’expérience a été poursuivie.
maeva : Campings maeva, Camping Paradis et Ushuaïa Villages
Filiale du groupe Pierre & Vacances-Center Parcs, maeva a repris début 2026 les franchises Camping Paradis et Ushuaïa Villages. Elle revendique désormais plus de 150 campings indépendants sous ses enseignes. Cette reprise fait suite au redressement judiciaire de filiales du groupe Néocamp en novembre 2025.
Trois univers coexistent :
- Campings maeva : une affiliation où vous gardez votre nom et votre logo. maeva publie ses tarifs : droits d’entrée à partir de 8 000 €, puis une licence de 3 à 5 % du CA hébergement HT (minimum 5 000 € par an), sur un contrat de 3 à 5 ans.
- Camping Paradis : une marque inspirée de la série de TF1, orientée animation et clientèle familiale.
- Ushuaïa Villages : un réseau nature et glamping, passé de 17 à 34 établissements en 2025.
L’enseigne maeva offre plusieurs niveaux d’intégration, qui vont du simple allotement jusqu’à une intégration totale avec aide au recrutement du personnel. Cette variété de choix est intéressante.
Les groupements : s’unir entre indépendants
Les groupements laissent davantage la main au propriétaire : votre camping garde son nom, la marque commune vient en complément. Ce sont des associations professionnelles historiques, souvent menées par des propriétaires de campings expérimentés et très engagés dans leur démarche.
Les Castels : le pionnier haut de gamme
Créé en 1959, Les Castels est le plus ancien réseau de l’hôtellerie de plein air française. Il se présente comme une collection de campings d’exception indépendants, souvent installés sur des domaines historiques. Tous ses membres sont labellisés Clef Verte et/ou Ecolabel.
Sunêlia : la coopérative des 4 et 5 étoiles
Sunêlia réunit des campings indépendants 4 et 5 étoiles. Particularité du modèle : les propriétaires sont codétenteurs du capital du réseau. Celui-ci facture une redevance annuelle modeste et se rémunère sur les ventes qu’il génère.
Depuis son alliance avec l’italien Baia Holiday, Sunêlia commercialise plus de 60 destinations en Europe. Le réseau privilégie une croissance mesurée, centrée sur la qualité des adhérents.
Sites & Paysages : le camping nature
Fondée en 1982, l’association Sites & Paysages fédère des campings tournés vers la nature et l’intégration paysagère, à la mer, à la montagne et à la campagne.
Ces groupements ont porté haut les couleurs de l’HPA depuis une trentaine d’années ; je ne pense pas qu’ils soient actuellement en développement.
Les labels : une alternative légère au réseau
Un label ne vous fait pas entrer dans un réseau commercial, mais il crédibilise votre camping auprès des clients et des acheteurs.
- Camping Qualité : le label de la profession, porté par la fédération. Il compte environ 300 campings, de 1 à 5 étoiles.
- Clef Verte : le principal écolabel des hébergements touristiques en France. Il a distingué un record de 2 428 établissements en 2025, tous types d’hébergements confondus.
Limite à garder en tête : un label donne une médaille qui rassure, mais il n’apporte ni centrale de réservation, ni notoriété de marque, ni clientèle.
Rejoindre un réseau : ce que vous gagnez, ce que vous cédez
Un réseau apporte de la force commerciale ; en contrepartie, il impose des coûts récurrents et des règles communes.
Ce que vous gagnez
- Une visibilité nationale, voire européenne, et un site de réservation commun.
- Des outils mutualisés : revenue management, fichier clients, programme de fidélité.
- Une centrale d’achat pour les mobil-homes, l’équipement et les fournitures.
- Et surtout l’échange avec d’autres propriétaires, qui permet de faire son travail sans rester seul.
Ce que vous cédez
- Un droit d’entrée et des redevances calculées sur votre chiffre d’affaires.
- Un cahier des charges à respecter, avec parfois des investissements de mise aux normes.
- Un engagement de plusieurs années.
- Une partie de votre liberté sur l’image, les tarifs ou les animations, selon le modèle.
- Une perte de liberté dans une profession attachée à son indépendance.
Comment choisir ? Quatre questions à se poser :
- Mon classement et ma taille correspondent-ils au positionnement du réseau ?
- Quelle part de ma clientèle vient déjà en direct, et quelle part via des plateformes ?
- Le gain commercial attendu couvre-t-il les redevances ?
- Ai-je un projet de cession dans les cinq prochaines années ?
L’équation financière est souvent la suivante : on compare ses dépenses en OTA (Camping.com, Booking, etc.), qui coûtent vite 20 % par client apporté, aux dépenses engagées pour intégrer un réseau, en moyenne 6 % du CA hébergement HT. Attention aux frais annexes, comme l’obligation d’acheter des produits dérivés ou de changer de logiciel.
Deuxième question : le réseau va-t-il me faire progresser, augmenter mon chiffre d’affaires, ma notoriété, mes résultats ? C’est un bonus par rapport au coût.
Je pense que l’intégration d’un réseau est une opportunité forte pour un néophyte, qui progressera plus rapidement en étant épaulé.
Réseau et vente du camping : ce qu’il faut anticiper
L’appartenance à une enseigne peut valoriser votre camping au moment de la vente, mais elle peut aussi compliquer la transaction si le contrat n’a pas été anticipé.
Il est indéniable que, pour un grand nombre de campings, l’intégration d’un réseau a été un accélérateur de développement incroyable, qui a permis d’améliorer les résultats et même la notoriété du site.
Nous avons vendu beaucoup de campings Yelloh! à des montants de valorisation qui n’auraient jamais pu être atteints sans l’appui de ce réseau haut de gamme.
Il reste néanmoins des points à vérifier lorsque l’on intègre un réseau et que l’on a un projet de vente à terme.
- La clause de sortie. Le réseau peut demander une indemnité financière en cas de cessation du contrat. Il peut aussi demander à être considéré comme acheteur prioritaire et disposer d’un délai pour valider son acquisition.
- La perte de clientèle. Tout acquéreur qui décide de gérer l’établissement en autonomie se posera la question de la perte de clientèle liée à la sortie du réseau, donc d’une baisse potentielle du chiffre d’affaires. Les groupes ont également ce type de réflexion, sans que cela freine leur appétit d’achat : ils anticipent une baisse de 20 % du chiffre d’affaires la première année suivant une sortie de Yelloh! Village.
- Le refus du transfert. Certains réseaux refusent de transférer le contrat, notamment quand l’acheteur est un groupe.
Conclusion
Il n’existe pas de bon réseau dans l’absolu, seulement un réseau adapté à votre camping et à votre projet.
Si vous envisagez de développer votre établissement sur la durée, une franchise ou un groupement peut accélérer votre croissance. Si vous pensez plutôt à céder dans les prochaines années, la question se pose autrement : quel modèle valorisera le mieux votre camping, et comment préparer la transmission de vos engagements ?
Il est indispensable de se poser la question de l’intégration d’un réseau dès l’achat.
Au-delà des avantages financiers, il faut que le réseau corresponde au camping et à l’esprit du gestionnaire.
Vous vous interrogez sur la valeur de votre camping, avec ou sans enseigne ? Les experts régionaux de Concerto réalisent une estimation gratuite et vous accompagnent à chaque étape de votre projet.
Questions fréquentes
Combien coûte une franchise de camping ? Cela dépend du réseau. Les droits d’entrée varient selon les réseaux (de l’ordre de 8 000 à 18 000 € pour les montants publiés). Le coût annuel est en moyenne de 6 % du chiffre d’affaires hébergement HT, avec de légères variations selon la taille du camping. Il peut aussi y avoir des coûts d’adaptation et des frais obligatoires.
Peut-on quitter un réseau avant la fin du contrat ? C’est prévu par le contrat de chaque enseigne, avec des conditions, parfois des pénalités, et des délais pour clore le contrat.
Un camping sous enseigne se vend-il plus cher ? Oui, si l’apport du réseau a bonifié le site.
Quelle différence entre une chaîne et un groupement ? Une chaîne intégrée possède ou exploite ses campings. Un groupement réunit des propriétaires indépendants qui restent maîtres de leur établissement.
Sources
- INSEE – Parc et fréquentation des campings 2025
- Franchise Magazine – Le poids des réseaux se renforce
- Tendance Hôtellerie – Flower Campings 2025
- Le Journal des Entreprises – Flower Campings
- Franchise Magazine – Yelloh! Village 2025
- L’Officiel de la Franchise – Yelloh! Village
- Hospitality ON – maeva reprend Camping Paradis et Ushuaïa Villages
- Franchise Magazine – Camping Paradis et Ushuaïa Villages changent de mains
- maeva – Devenir affilié
- L’Express Franchise – Ushuaïa Villages
- Tendance Hôtellerie – Les Castels
- Hospitality ON – Sunêlia
- L’Écho touristique – Sunêlia et Baia Holiday
- France Today – Labels du camping
- L’Écho touristique – Clef Verte 2025
Pierre-Jean Mauvin — Dirigeant du cabinet Concerto, spécialisé exclusivement dans la transaction de campings depuis 1991. Il est également à l’origine de Camping Club Partners, le département dédié à la transmission confidentielle des grands établissements. Il intervient régulièrement sur les évolutions du marché de l’hôtellerie de plein air, notamment dans le podcast Radio Camping, où il détaille les mécanismes de la vente et de l’évaluation d’un camping.






