Analyse stratégique du camping Saison 2026

Saison 2026 des campings : le bilan terrain des experts Concerto

Les chiffres officiels de fréquentation de l’INSEE ne paraîtront que fin octobre. Chez Concerto, spécialiste de la transaction de campings, on a choisi de ne pas attendre. Dès septembre, l’équipe partage ses informations de terrain sur la saison 2026 : des retours directs et récents, recueillis auprès des propriétaires de campings, mais aussi des tour-opérateurs, des fédérations et des groupes.

Chaque responsable de secteur, qui connaît parfaitement sa zone, livre ici son analyse de la saison, en France, en Espagne et en Italie. Il en ressort une saison contrastée, marquée par la chaleur et les incendies, qui a profité au nord de la France et a davantage bousculé le sud. Tour d’horizon.

Le nord de la France, grand gagnant de l’été

Normandie et Bretagne Nord : des territoires en pleine ascension

Pour Bruno Fontaine, responsable des secteurs Normandie, Bretagne Nord et Île-de-France, la saison 2026 est une réussite. En Normandie et en Bretagne Nord, certains indicateurs affichent des progressions de +10 % à +20 %.

Le fait marquant de l’été, c’est la clientèle de passage, dont la hausse a été, selon lui, assez impressionnante. Pour Bruno Fontaine, ces deux territoires sont clairement des secteurs d’avenir pour le marché des campings.

Grand Est et Hauts-de-France : le nouvel Eldorado du tourisme

Sophie Druelle n’hésite pas à parler de « nouvel Eldorado du tourisme en France ». Le Grand Est et les Hauts-de-France ont particulièrement bien performé cet été. Loin des fortes chaleurs enregistrées ailleurs, ces régions ont attiré une clientèle locale, mais aussi des vacanciers venus des pays voisins : Allemagne, Belgique et Pays-Bas.

Surtout, ce n’est pas un feu de paille. Ces deux régions progressent d’année en année et offrent de belles perspectives pour l’hôtellerie de plein air.

Grand Ouest : une fréquentation au rendez-vous

Yann Hascoet, responsable du secteur Grand Ouest (Bretagne, Pays de la Loire et Centre-Val de Loire), qualifie la saison 2026 de globalement satisfaisante, avec une fréquentation au rendez-vous en Bretagne et dans les Pays de la Loire.

Il observe toutefois les mêmes tendances qu’au niveau national : des séjours de plus en plus courts, des réservations de plus en plus tardives et des budgets consacrés aux dépenses annexes plus serrés. La bonne fréquentation attire néanmoins de nombreux acquéreurs, au point que Yann lance un message aux propriétaires : c’est peut-être le moment de vendre.

Le sud de la France : une saison plus contrastée

Sud-Ouest : une saison à l’équilibre

À l’occasion d’un salon consacré aux campings à Seignosse, Jean-Oliver Noël dresse un bilan plutôt rassurant pour le Sud-Ouest : la saison se termine « plutôt pas trop mal ». Certains établissements enregistrent des écarts importants, qu’il attribue en partie à un manque de communication en début de saison.

Malgré les incendies, la plupart des campings finissent à l’équilibre, avec un chiffre d’affaires à peu près stable par rapport à l’an dernier.

Midi-Pyrénées : la montagne tire son épingle du jeu

Étienne Vignals, de Concerto Midi-Pyrénées, décrit une saison contrastée. Les écarts ne viennent pas tant des destinations que des types de tourisme : le tourisme de montagne a particulièrement bien réussi cet été. Ailleurs, la très belle arrière-saison, portée par une météo favorable, vient compenser une haute saison plus inégale.

Sa conclusion : dans le contexte économique actuel, l’hôtellerie de plein air s’en sort plutôt bien en Midi-Pyrénées.

Languedoc-Roussillon : le littoral résiste, l’arrière-pays souffre

Olivier Palanque, responsable régional Languedoc-Roussillon, fait lui aussi état d’une saison contrastée. Le début de saison s’est très bien passé pour tout le monde. Ensuite, les campings du bord de mer ont tiré leur épingle du jeu, tandis que l’arrière-pays a connu plus de difficultés.

Phénomène inédit : en août, les réservations de dernière minute ont été très nombreuses, y compris en bord de mer. L’arrière-saison se passe très bien grâce aux températures, mais la saison reste mitigée et devrait se terminer entre -2 % et -5 %.

PACA : la chaleur et les incendies pèsent sur la Provence

En PACA, la chaleur et les incendies n’ont pas joué en faveur des campings. Selon Pierre-Jean Mauvin, la Provence enregistre une baisse d’au moins 5 %, voire 10 %, y compris dans des secteurs prisés comme le Luberon et les Alpilles.

La bande côtière a mieux résisté, avec une saison à peu près équivalente à 2025. PJ Mauvin nuance toutefois : un chiffre d’affaires stable obtenu avec plus de mobil-homes ou un toboggan en plus, est-ce vraiment une progression ? Il rappelle aussi que la région sort de deux saisons exceptionnelles, en 2024 et 2025.

Corse : une saison en progression

La Corse fait figure d’exception au sud. Olivier Palanque, qui suit aussi ce secteur, annonce 4,5 millions de nuitées, soit une progression de 2 %. Avril, mai et juin ont été en hausse, juillet et août en légère baisse, et septembre continue d’évoluer positivement.

Un enseignement se dégage : les campings qui s’en sortent le mieux sont les mieux équipés.

À l’international : l’Espagne et l’Italie confirment leur solidité

Espagne : une haute saison presque complète

Florian De Lépinay, responsable de Concerto pour la péninsule ibérique, dresse un bilan clairement positif. En juillet et août, le taux d’occupation moyen des campings espagnols a approché les 90 %. Les locatifs ont affiché complet presque partout, et les emplacements ont atteint 80 % d’occupation. Les réservations anticipées ont progressé de 10 % par rapport à 2025.

Seul bémol, la restauration : les familles ont réduit leurs dépenses sur place, une tendance déjà observée l’année dernière.

Italie : un marché en croissance, plus professionnel et plus sélectif

Pour Guillaume De Lépinay, qui suit le marché italien, la saison 2026 confirme la solidité du tourisme de plein air en Italie. Entre juin et août, les campings et villages de vacances ont dépassé les 53 millions de nuitées, portés notamment par la progression de la clientèle internationale.

Le marché évolue pourtant : les séjours raccourcissent, les vacanciers surveillent davantage leurs dépenses, et les résultats varient fortement selon les régions et les établissements. Dans ce contexte, les campings qui investissent dans la qualité de leur offre, de leurs services et de leurs hébergements sont de plus en plus compétitifs. Le marché italien de l’HPA poursuit sa croissance tout en devenant plus professionnel et plus sélectif.

Synthèse : ce qu’il faut retenir de 2026, et surveiller pour 2027

Pour Pierre-Jean Mauvin, 2026 a été une saison particulière, qui a mis les nerfs de nombreux propriétaires à l’épreuve, sans rien de catastrophique pour autant. On parle actuellement d’environ 2 % de nuitées en moins, après deux très belles saisons : un simple rattrapage.

La canicule et les incendies ont redistribué les cartes. Les régions du nord, de la Vendée à la Bretagne, la Manche, la Normandie, le Nord et l’Est, ont réalisé de très belles saisons, au détriment du grand sud, et notamment de l’intérieur des terres.

Autre phénomène nouveau : les aoûtiens français ont réservé tard, parfois une semaine seulement avant leur séjour, et souvent pour de courtes durées. Ce sont eux qui ont permis de boucler la saison.

La montagne, elle, a bien tiré son épingle du jeu, portée par la recherche de fraîcheur. Elle compte une multitude de petits campings qui ne subissent pas la concurrence des groupes et bénéficient d’une double saison. Il peut donc y avoir des opportunités intéressantes à y étudier.

Pour 2027, plusieurs questions restent ouvertes. Les vacanciers garderont-ils la mémoire climatique de 2026 ? Le nord continuera-t-il à gagner du terrain sur le sud ? Les réservations tardives des aoûtiens et les courts séjours vont-ils se généraliser ?

Le mot de la fin: l’hôtellerie de plein air reste une valeur phare de l’économie européenne, dont la plupart des autres secteurs envient les résultats et le développement.


Pierre-Jean Mauvin — Dirigeant du cabinet Concerto, spécialisé exclusivement dans la transaction de campings depuis 1991. Il est également à l’origine de Camping Club Partners, le département dédié à la transmission confidentielle des grands établissements. Il intervient régulièrement sur les évolutions du marché de l’hôtellerie de plein air, notamment dans le podcast Radio Camping, où il détaille les mécanismes de la vente et de l’évaluation d’un camping.